Logo GREEN
Accueil Participez ! Charte En savoir plus Outils Projets
NL | FR | ENG
En savoir plus...

Est-il possible de donner à tout le monde l'accès à l'eau potable ?

A l'échelle mondiale, nous disposons d'assez d'eau et de techniques adaptées et abordables pour garantir à chacun un accès à l'eau potable. A condition de lutter efficacement contre les pollutions et les causes des changements climatiques, il y a assez d'eau pour satisfaire tous les besoins. Les causes principales du manque d'accès à l'eau potable sont la pauvreté et l'absence de volonté politique.

Quel est le coût de ce droit humain ?

Pour rendre effectif le droit d'accès à l'eau, il est nécessaire d'investir 20 milliards de dollars par an. L'Organisation Mondiale de la Santé reconnaît que chaque dollar investi dans l'eau et l'assainissement rapporte en moyenne 8 dollars sous la forme de réduction de dépenses des soins de santé et l'augmentation de la productivité au travail. Laisser persister le problème coûte donc 9 fois plus que de le résoudre.

Un objectif international ?

La problématique n'est pas nouvelle..
En 1977, la Déclaration de clôture de la Conférence des Nations-Unies sur l'Eau de Mar del Plata reconnaissait le droit à l'eau. Les années ‘80 furent décrétées par l'ONU comme la décennie de l'eau et de l'assainissement. Les leaders mondiaux disposaient de 10 ans pour régler ce problème mais en 1990 la situation s'est aggravée !

En 1996, 171 états de la communauté internationale ont adopté unanimement ‘‘l’habitat Agenda’’ (Habitat II), dans lequel il était mentionné que l’eau et l’hygiène font partie du droit à un niveau de vie standard digne de ce nom.



Actuellement, ce sont les Objectifs du Millénaire qui déterminent la ligne à suivre en matière d'accès à l'eau et à l'assainissement. D'ici 2015, la communauté internationale s'engage à réduire de moitié le nombre de personnes ne disposant pas d'accès à l'eau potable et à l'assainissement en se référant aux chiffres de l'année 2000. Si l'objectif est atteint, il restera alors 800 millions de personnes, sans accès à l'eau. Au niveau mondial, on est sur la bonne voie pour atteindre la cible concernant l’eau potable, bien qu’il reste beaucoup à faire dans certaines régions.

Le 10 décembre 2008, plusieurs organisations (dont GREEN asbl) ont organisé une manifestation pour la reconnaissance de l’accès à l’eau comme droit de l’homme devant le parlement Européen. Cette manifestation a eu lieu à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

En février 2009, Mikhail Gorbachev et d’autres sont venus au Parlement Européen à Bruxelles pour la conférence ‘‘Faites la paix avec l’eau » durant laquelle le protocole mondial de l’eau a été présenté. Celui-ci demande la reconnaissance de l’eau comme droit humain à toutes les autorités nationales.

Le 5ème Forum Mondial de l’Eau
Du 16 au 22 mars 2009, le World Water Council organisait à Istanbul en Turquie le 5ème Forum Mondial de l’Eau. 27.000 experts de l’eau de divers domaines (scientifiques, représentants d’administrations et d’entreprises, politiciens, ONG,…) issus de 150 pays se sont rassemblés pour s’entretenir sur la problématique de l’eau. Beaucoup de représentants des autorités, d’ONG, de jeunes, de mouvements de femmes,… ont demandé d’inclure dans le discours de clôture des ministres l’accès à l’eau potable et à un système d’assainissement comme 'droit humain fondamental' et pas seulement comme 'besoin humain'. Malheureusement, comme pour les Forums Mondiaux de l’Eau précédents, cela a été refusé ! Ce sont surtout le Brésil, les Etats-Unis et l’Egypte qui ont bloqué cette reconnaissance comme droit.

Légitimité du Forum remise en cause
Selon le président des Nations-Unies, Miguel d'Escoto Brockmann: « cette proposition importante mine les efforts de tous ceux qui luttent pour l’accès à l’eau potable et à un système d’assainissement. Ceux qui soutiennent la privatisation de l’eau et qui veulent en faire un bien marchand comme le pétrole ont détourné un droit de l’homme aussi fondamental que l’air qu’ils respirent.’’ Le président des Nations Unies a remis en cause la légitimité du Forum en lui-même. “La tournure que prend le Forum est profondément influencée par les entreprises privées. Le sommet du World Water Council est même impliqué dans des services d’accès à l’eau privés ayant d’indéniables objectifs lucratifs’’.

C’est pourquoi, il propose que les prochains Forum Mondiaux de l’Eau soient organisés sous les auspices des Nations-Unies. Le prochain Forum aura lieu en 2012, à Marseille. 16 pays ont signé en même temps une déclaration pour organiser un Forum Mondial de l’Eau qui soit démocratique, participatif et transparent sous l’égide des Nations-Unies. Du côté de la Belgique, c’est le calme plat.

Plus d’information :
Le Forum Mondial de l’Eau alternatif : People's Water Forum
De nombreuses ONG, syndicats et de plus en plus de politiciens refusent de reconnaître le Forum Mondial de l’Eau parce qu’il est organisé par le World Water Council dominé par des multinationales de l’eau comme Veolia et Suez. Ce mouvement alternatif propose d’organiser un Forum Mondial de l’Eau sous l’égide des Nations-Unies de manière à ce que les résultats soient considérés comme obligatoires pour les autorités participantes. Ce mouvement s’oppose fermement à la privatisation et à la libéralisation du secteur de l’eau et considère l’eau comme un bien commun en lieu et place d’un bien marchand.

Du 20 au 22 mars, ce mouvement international a organisé un Forum Mondial de l’Eau alternatif à Istanbul. Quelque 1000 personnes issus de 70 pays y étaient présents.

GREEN y était également et a glané quelques témoignages :
  • Au Kénia, à la frontière du Soudan et de l’Ouganda, des femmes et des enfants parcourent quotidiennement 20 km à pied pour aller chercher 20 litres d’eau. La sécheresse augmentant entraîne une énorme pauvreté qui conduit à des luttes pour la survie. Nombreux sont ceux qui ne survivent pas à cette quête de l’eau. Notre témoin Ikal Angelei, une jeune femme de l’association Friends of Lake Turkana, a trouvé un enfant mort dans une hutte. Ses parents ont été assassinés lors d’un raid qui les a surpris sur le chemin de leur quête d’eau potable. Dans cette région isolée, abandonnée par les pouvoirs politiques, les autorités ont autorisé la construction d’un barrage pour la production d’énergie et des entreprises américaines viennent y pêcher du poisson pour l’exportation. La population des poissons était autrefois deux fois aussi importante que celle du lac de Victoria. A cause d’une mauvaise gestion de l’eau et des changements climatiques, le niveau de l’eau baisse à vue d’œil et le lac est complètement en train de se saliniser.


    Photo© Dieter Telemans: Kénia (frontière avec l'Ethiopie) - A cause du réchauffement de la planète, les périodes de sécheresse s'enchaînent beaucoup plus vite qu'il y a 20-30 ans. Les bergers ne trouvent plus d'eau pour leur bêtes.

  • Dans la vallée de la rivière Salween en Chine, au Myanmar et en Thaïlande, les autorités et les fournisseurs d’énergie planifient la construction de cinq barrages dans une région d’une grande richesse naturelle et de biodiversité. Les droits de la population locale seront ainsi totalement niés. Plus d’infos sur www.salweenwatch.org


    Photo © Free Burma Rangers: Des milliers de gens ont déjà du fuir à cause de la guerre et des combats et sont maintenant à nouveau chassés de la vallée vers la Thaïlande.

  • D’après de nombreux ONG turques, la politique de l’eau des autorités turques est fixée sur la privatisation de l’approvisionnement en eau et de la gestion des rivières. Quatre cas de grands barrages destructeurs et risqués ont été discutés lors du People’s Forum : Ilisu, Yusufeli, Munzur et Yortanli. Le cas du barrage d’Ilisu est l’un des projets de barrage les plus critiqués au monde et fait partie du GAP (Grand Projet d’Anatolie). La construction de ce barrage a des conséquences pour la politique internationale dans le Moyen-Orient. Le barrage se situe dans la région du Kurdistan et est considéré par la population comme une attaque directe à leurs droits culturels et politiques.


    Photo © Dieter Telemans: Turquie - L'eau du lac de retenue qui a été créé avec la construction du barrage Birecek, a englouti la plus grande partie du village Halfeti à l'ouest de la Turquie.